Yannick Poinsignon prépare son retour

Une violente sortie de route à Bagnols-Sabran stoppait net les ambitions de Yannick Poinsignon dans sa quête d’un troisième titre de Champion de France de la Montagne. Mais si Yannick et sa BMW M3 E92 étaient profondément touchés, la passion et la détermination du Vosgien n’étaient en rien entamées.

Cela fait de nombreuses années que Yannick Poinsignon compte parmi l’élite du Championnat de France de la Montagne. Le Vosgien, qui a eu l’occasion d’étoffer son palmarès de nombreux succès depuis ses débuts à l’aube des années 2000, compte deux titres de Champion de France de la Montagne Production, acquis à l’issue des saisons 2023 et 2024. En 2025, sa campagne de France débutait par un abandon à Bagnols-Sabran qui l’obligeait à faire l’impasse sur le Col Saint-Pierre et à courir tout au long de la saison après le retard dû à ces déconvenues. Le Vosgien sera une nouvelle fois au combat mais devra se contenter d’un titre de Vice-champion de France.

Chez les Poinsignon, détermination et combativité font parties intégrantes de l’ADN du clan familial. Et à l’heure de préparer la saison 2026, c’est avec la ferme intention de venir chercher une troisième couronne que Yannick lançait sa BMW M3 munie du moteur 4.5 litres qui avait été pris en défaut l’année précédente. En effet, c’est une casse de ce moteur qui avait entrainé la sortie de route du champion en titre sur le sinueux tracé de Sabran. Un tracé qui finalement ne semble pas vouloir porter chance au Vosgien qui cette année encore sera victime d’une sortie de route dont la responsabilité incombe une nouvelle fois à la mécanique : « Au bout de la ligne droite de la partie la plus rapide du tracé, j’ai l’accélérateur qui est resté bloqué à fond », explique Yannick. « J’ai compris immédiatement qu’il me serait impossible de le débloquer, j’ai donc mis les pieds sur le frein et j’ai essayé sans succès de rétrograder… De ce fait, je n’ai pas pu éviter le talus en terre qui sert de protection en lieu et place des glissières. »

La BMW M3 E92 heurtait ce talus de face ce qui avait pour effet de la propulser avant qu’elle n’atterrisse sur le flanc de la colline. Le choc était d’une extrême violence et si l’avant était impacté, l’arrière n’était pas épargné la voiture rebondissant sur le talus laissé derrière elle. Plus grave, Yannick comprenait immédiatement qu’il ne sortirait pas indemne de cet accident. Les secours intervenaient rapidement afin qu’il soit héliporté au CHU nîmois de Carémeau où un bilan était rapidement réalisé : « Je souffrais d’une facture de la douzième vertèbre dorsale avec déplacement et un tassement, ce qui nécessitait une intervention chirurgicale. C’était compliqué parce que j’avais les poumons qui étaient venus taper dans la cage thoracique, ce qui gênait considérablement ma respiration et qui interdisait que l’on m’opère en étant sur le ventre, ce qui est préconisé dans cette intervention », explique Yannick qui, à cause d’alvéoles sur les hématomes des poumons, devra attendre trois jours avant que l’on puisse l’opérer : « L’intervention s’est déroulée le mercredi vers midi, et ce qui m’a rassuré c’est que dès le mercredi soir j’ai pu me mettre debout et marcher dès le jeudi matin. » Outre une fracture d’une vertèbre et la problématique au niveau des poumons, Yannick souffrait d’un énorme hématome à la cheville et de diverses contusions sur le reste du corps, « et j’avais trois vaisseaux qui se sont rompus au niveau de la poitrine. J’étais il faut l’avouer pas mal amoché. »

Yannick savait alors qu’il allait devoir entreprendre une longue convalescence avant de retrouver la pleine forme. Il en sera de même pour la BMW M3 qui a subi de lourds dommages dans cet accident : « Excepté les deux portes, les ailes arrière, le pavillon et l’aileron arrière, tout le reste est à changer. Et je ne parle pas des divers éléments mécaniques qui ont passablement souffert. Donc il est clair que l’on va reconstruire la voiture, mais cela va prendre du temps et nécessite un budget conséquent et qui n’est pas disponible à ce jour. »

Trois mois après la sortie de route de la Course de Côte de Bagnols-Sabran, Yannick Poinsignon n’a pas encore totalement récupéré, mais la convalescence est en bonne voie : « Les progrès ont été rapides au début, et maintenant c’est un peu plus long, mais je l’avais intégré rapidement. J’ai toujours de nombreuses contractions musculaires la nuit, qui entrainent des douleurs et qui m’empêchent de dormir, ce qui est assez pénible. Pour ce qui est des poumons, j’ai bien récupéré mais lorsque je vais à la piscine pour parfaire ma rééducation, je suis rapidement oppressé lorsque je mets la tête sous l’eau. »

L’envie de revenir rapidement !
Chez les Poinsignon on a rarement l’habitude de rester sans rien faire. Toute la famille est investie dans la course de côte, et en dehors des épreuves, tant Guy, le père que Christophe, le frère, Yannick et tous les membres de la famille ont des plannings pour le moins chargés. Cette période durant laquelle Yannick doit limiter ses efforts physiques est difficile à accepter : « Rester au lit le matin ou rester assis devant la télé, c’est pas vraiment le genre de la maison, alors lorsque ton quotidien t’oblige à limiter tes activités, tu tournes vite en rond. C’est compliqué mais tous les matins je m’oblige à des exercices de renforcement musculaire, à faire du vélo d’appartement, et l’après-midi entre une heure trente et deux heures de marches… Mais les journées sont longues », ne se prive pas pour autant de sourire Yannick.

Si chez les Poinsignon on n’a pas appris à ne rien faire, on n’a pas non plus appris à se plaindre, et quelle que soit le situation, Yannick affiche un moral au beau fixe et une détermination sans faille : « La passion est toujours aussi intacte et je sais que je vais revenir. Le plus dur sera de parvenir à convaincre ma mère et Virginie de me laisser repartir », lâche Yannick dans un éclat de rire.

Le week-end dernier, Yannick Poinsignon était présent à Marchampt où se déroulait la septième manche du Championnat de France de la Montagne : « C’était important de retrouver l’ambiance de la course et les copains. Depuis mon accident j’ai suivi l’ensemble des directs vidéos mais ça n’offre pas les mêmes sensations que d’être sur le terrain. J’ai pris un vrai plaisir de revoir les amis, à partager des moments et de voir les copains rouler en étant sur le bord de la route. »

Solidarité et amitiés ne sont pas de vains mots pour les Poinsignon qui, depuis les nombreuses décennies qu’ils sont impliqués en course de côte, ont apporté aide et soutien à de nombreux concurrents. Rien de surprenant à l’heure où Yannick connait une période difficile, qu’il bénéficie d’un juste retour d’ascenseur : « Il me serait impossible de remercier tous ceux qui m’ont fait parvenir des messages d’encouragements et de soutiens. Je tiens à remercier chaleureusement ma famille proche, et ceux qui m’ont pris en charge à Bagnols-Sabran, que ce soit Franck Mader le directeur de course, le médecin, les secours, les commissaires… Ma prise en charge a été parfaitement gérée. Un immense merci au corps médical du CHU de Carémeau avec une pensée particulière pour Amandine (Cornier), qui travaille dans cet hôpital et qui fut d’une aide et d’un parfait soutien. 2026 marquait les dix ans de la disparition de Steve, et je sais que ce n’était pas évident pour elle, mais elle a été aux côtés de ma famille durant toute mon hospitalisation, donnant des nouvelles dès ma sortie du bloc opératoire, et je me dois de la remercier. Le nombre de messages de soutiens que j’ai reçu ont dépassé tout ce que j’aurais pu imaginer. Et durant mon séjour à l’hôpital, j’ai passé mes journées à répondre, non pas en appelant, j’en étais incapable, mais par sms. »

Retour au volant de la BMW
Difficile de savoir combien de temps prendra la reconstruction de la BMW M3 E92. Remettre la voiture sur ses roues nécessite du temps et un investissement important. Mais pour autant le doute n’est pas permis, Yannick sait qu’il retrouvera les manches du championnat : « J’espère bien évidemment que ce sera pour le début de saison 2027, mais compte tenu du travail et de l’impact financier, je ne peux garantir d’être prêt pour le mois de mars. Si nous ne parvenons pas à tenir cette échéance, je serai au départ de la saison 2028 au volant de la BMW », conclut Yannick qui se présentera à n’en pas douter comme un prétendant au titre.

 

©Bruno Valette
www.ffsamontagne.org

 

Retrouvez toutes les infos, bilan et portrait de Yannick Poinsignon.

 


← Retourner à la liste d'articles