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Rares sont les pilotes féminines qui ont conquis des titres en devançant leurs homologues masculins. C’est la prouesse que réalise cette saison Sarah Bernard-Louvet en remportant le titre de Championne de France de la Montagne 2ème Division Sport.
Lors de ses premières apparitions en courses de côte, en 2015, Sarah Louvet (qui deviendra par la suite Sarah Bernard-Louvet en épousant Rémi Bernard, lui-même pilote talentueux), était comparée par son style de pilotage à celle qui était considérée en son temps comme la ''Reine de la Montagne'', Anne Baverey. Une comparaison qui prend tout son sens à l’issue de cette saison 2026 qui voit Sarah remporter le Championnat 2ème Division Sport, quarante-deux ans après celle qui peut être présentée comme son modèle.
Une consécration qui finalement n’a rien de réellement surprenant à la lecture du parcours de la Lyonnaise qui a toujours été une compétitrice acharnée. C’était le cas lorsque dans son enfance elle participait à ses premières compétitions d’équitation, ça sera le cas dès qu’elle aura l’occasion de s’installer derrière un volant. Pour elle l’apprentissage se fera au volant d’une Formule Renault confiée par Jean-Jacques Louvet, son papa, avant que Sarah ne vienne animer le championnat avec une Dallara F303. Sa première saison en 2017 au volant d’une Formule 3 lui permettait de remporter le titre de Championne de France de la Montagne Sport en sa qualité de pilote féminine.
Sa saison 2018 prendra malheureusement fin prématurément à Saint Gouëno après que sa monoplace soit victime d’un début d’incendie. Ce n’est qu’en août 2021 que Sarah Bernard-Louvet fera son retour sur le CFM pour venir signer plusieurs victoires en groupe A au volant d’une Léon Supercopa MK3. En fin d’année, qualifiée pour participer aux FIA Hill Climb Master disputés à Braga au Portugal, elle s’illustrera en étant la première féminine à décrocher une médaille de bronze sur ce rendez-vous international.
Lors de sa saison 2022, abordée avec sa Léon Supercopa MK3, elle devra céder le volant de sa belle espagnole à son conjoint Rémi alors qu’elle était en attente d’un heureux événement qui se concrétisera au mois d’octobre par la naissance d’un petit James Philip. En 2023, Sarah Bernard-Louvet sera à nouveau au départ du championnat, cette fois au volant d’une Tatuus Formula Master avec laquelle elle terminait deuxième du Challenge Open DE/8. La saison 2024 sera celle des déconvenues, la Cupra Léon Supercopa MK3 qu’elle engageait subissait en effet de sérieux dommages consécutifs à un accident causé par un chauffard qui accrochait la remorque sur laquelle était transportée la voiture.
Un programme sur deux championnats
Les sensations procurées par la Tatuus Formula Master incitaient Sarah à relancer sa monoplace sur le championnat 2025 qui la verra accrocher la deuxième place du Challenge Open DE/8. Une belle satisfaction pour la Lyonnaise qui à l’heure d’établir un calendrier pour la saison 2026 conservait sa monoplace et portait son choix sur une double participation : CFM et 2ème Division. « Pour ce qui est de la voiture, le choix me paraissait logique d’autant que je dispose d’une bonne auto et que je voulais avant tout valider ce que j’avais pu faire en 2025 en tentant de gagner en vitesse et en technicité. » Une petite révision indispensable durant l’intersaison permettait à Sarah de retrouver une monoplace prête à affronter les tracés du championnat. « En ce qui concerne le programme, j’avais eu échos par de nombreux pilotes que la 2ème Division proposait de très belles courses, avec des tracés rapides, ce qui ne peut que m’enchanter, et j’ai eu envie de les découvrir. » La stratégie de Sarah à l’approche de cette saison était claire, partir à la découverte de la 2ème Division et rouler sur le CFM. Puis, faire un point après les premières confrontations pour voir lequel des deux championnats devaient être priorisés : « Clairement cela dépendait de ma position au classement féminin sur le CFM, sachant que je n’étais pas la fille qui disposait de l’auto la plus performante. »
Perturbée par une météo particulièrement capricieuse, la Course de Côte de Lodève offrira aux participants l’occasion de ne prendre part qu’à une seule des deux courses inscrites au programme du week-end héraultais. Sarah Bernard-Louvet, qui découvrait le tracé, reconnait que l’approche ne fut pas facile : « Je n’avais jamais vu autant de pluie, c’était dantesque. Samedi nous n’avons pu faire que les montées d’essais avant que la journée ne soit interrompue tellement ça devenait dangereux. Dimanche ça sera nettement mieux et je suis pleinement satisfaite du résultat après avoir dû adapter la voiture et mon pilotage sous la pluie. Une Tatuus Master sous la pluie, ce n’est pas l’auto la plus facile à régler », sourit Sarah qui se hissait sur la troisième marche du podium et engrangeait le maximum de points, Arnaud Marcillac et Cédric Grosjean qui la précédaient n’étant pas engagés sur la 2ème Division. « Le plateau était conséquent, la lutte intéressante et finalement cette épreuve me laisse d’excellents souvenirs. »

Après avoir affronté le tracé de Lodève, Sarah Bernard-Louvet se présentait au départ de la Course de Côte de Bagnols-Sabran, manche d’ouverture du championnat : « J’ai très bien débuté mon week-end avec un très bon chrono sur la première montée d’essais où je devance David (Diebold) », se souvient Sarah. « On s’est dit alors qu’il serait peut-être judicieux d’assouplir un peu l’auto pour l’adapter au tracé. Mais le choix de set-up n’a pas été le bon, nous sommes allés dans une mauvaise direction et le comportement de l’auto s’est dégradé au point qu’elle devienne inconduisible. Dimanche matin je suis victime d’une escapade hors de la route et j’ai préféré arrêter là afin de ne pas prendre de risques inutiles avec une auto que je ne reconnaissais pas. »
La Tatuus Formula Master était alors confiée aux mains expertes de Thomas Chavot afin de retrouver un comportement plus sain avant d’affronter le long tracé du Col Saint-Pierre. Mais l’épreuve cévenole n’offrira pas à Sarah les résultats escomptés : « J’ai mis énormément de temps pour retrouver de la confiance et pour reprendre mes marques. Après la déconvenue de Sabran je voulais prendre le temps de bien cerner le comportement de la voiture. Sur une épreuve aussi technique que le Saint-Pierre la moindre hésitation se paie cash au chrono, ce qui explique ma piètre performance », confie Sarah qui remporte tout de même la classe DE/8.
S’il est court, le tracé d’Abreschviller est très rapide, ce qui ne peut que convenir à Sarah Bernard-Louvet qui avait hâte de retrouver l’épreuve mosellane : « Je savais que Rémi ne pourrait pas m’accompagner durant ce week-end ce qui psychologiquement joue sur mon approche. Malgré tout j’ai pris énormément de plaisir au volant, repris de la confiance. Ça m’a permis de me sentir mieux pour aborder la suite. »
La suite ce sera la deuxième manche du Championnat 2ème Division avec la participation de Sarah à la Course de Côte de Quillan : « Ce fut une belle découverte même si à n’en pas douter ce fut le tracé le plus difficile à assimiler depuis le début de ma carrière. J’ai vraiment travaillé les reconnaissances sur ce magnifique parcours pour être dans le coup, et c’est payant », analyse Sarah qui samedi remporte le groupe DE en se classant sixième au scratch et qui devance de 55 millièmes le champion sortant, Yannick Latreille, qui se présentait comme son principal adversaire. Dimanche, elle accrochait la cinquième place ce qui lui permettait de remporter une nouvelle fois le groupe DE et de terminer en tête des pilotes inscrits au Championnat 2ème Division : « Au départ l’objectif était de m’imposer dans le groupe DE parce que j’avais une petite revanche à prendre sur Nicolas Verdier qui m’avait devancé lors de la Finale à La Canourgue. Le résultat est au-delà de mes espérances », ajoute Sarah qui prenait l’ascendant sur un Nicolas Verdier, vainqueur d’une Finale de la Coupe de France sur ce même tracé de Quillan.
Durant ce week-end à Quillan, Sarah évoluait au sein de l’équipe Chrono Montagne, la structure de Yannick Latreille et de Julien Bouche, ses principaux adversaires au championnat : « C’était vraiment super sympa et ça nous a permis de partager la course, vraiment top », explique-t-elle. En ayant marqué le maximum de points sur les trois premières courses – une à Lodève, deux à Quillan – Sarah estimait qu’il était certainement judicieux de concentrer ses efforts sur la 2ème Division où un titre était envisageable. Elle fera donc l’impasse sur la campagne de l’Ouest pour filer vers Andorre où se déroule la Pujada Arinsal, troisième rendez-vous de la 2ème Division.
En principauté d’Andorre, difficile pour Sarah d’aller chercher le groupe face à la Formule 3000 de Benoit Bouche. Mais elle se classait deuxième au scratch samedi derrière le pilote auvergnat et terminait troisième dimanche, devancée par le même Benoit Bouche et par Pascal Campi : « Magnifique découverte que ce tracé d’Andorre, atypique, avec beaucoup d’épingles et beaucoup de relances. Il faut faire preuve de témérité dans le rapide, mais le plaisir est au rendez-vous. J’ai tout fait pour me dépasser, et accrocher la deuxième place le samedi est très enthousiasmant. Dimanche je voulais avant tout terminer devant Yannick (Latreille) qui attaquait fort. Objectif atteint et je repars d’Andorre en ayant une nouvelle fois marqué le maximum de points. »

Licenciée au sein de l’ASA du Beaujolais, Sarah Bernard-Louvet se devait d’être au départ de la Course de Côte de Marchampt, épreuve organisée par son ASA : « J’ai à cœur cette course et ce tracé que j’affectionne. L’année dernière j’avais signé de très bons résultats, mais cette année je n’étais pas du tout dans les meilleures dispositions. Moralement la période était compliquée et je savais de plus que je ne devais pas prendre de risques alors que je donnais la priorité à la 2ème Division », explique Sarah qui repartira toutefois de Marchampt avec la Coupe des Dames.
Le plateau de la Course de Côte de La Broque, manche du Championnat 2ème Division, était cette année particulièrement relevé et promettait à Sarah Bernard-Louvet une belle opposition. Difficile de contester la victoire aux autos performantes de Kevin Petit, Victor Darbellay, Samy Guth, Benoit Bouche au Lionel Ryter. La sixième place obtenue par Sarah samedi peut être considérée comme un excellent résultat, d’autant qu’elle termine première des pilotes du Championnat 2ème Division. Elle fera de même le dimanche en se classant septième : « Là encore je découvrais le tracé face à un plateau de très ''gros clients''. Je ne peux qu’être satisfaite du résultat obtenu à l’issue d’un super week-end. Ce tracé rapide me convient parfaitement et j’ai pris énormément de plaisir. Seul bémol, une boite de vitesses un peu courte pour ce tracé, mais nous n’avons pas voulu modifier la voiture. Finalement tout s’est bien passé et même si je ne signe pas le chrono que j’avais dans mon viseur, je m’impose en tête des pilotes de la 2ème Division, ce qui est l’essentiel. »
Sarah Bernard-Louvet décidait de faire une apparition au Mont-Dore, mais cette année l’épreuve auvergnate avait décidé de ne pas sourire aux leaders de la 2ème Division. Comme Ronald Garcès en Production, Sarah connaitra un week-end de galère à l’issue duquel elle se voit classée dernière du classement Sport : « A oublier ! J’adore ce tracé et je voulais être également présent sur cette épreuve sur laquelle les membres de l’équipe Chrono Montagne sont impliqués. Ça n’a pas voulu sourire », confie-t-elle dépitée.
A la suite de l’annulation de la Course de Côte de Cacharat, le Championnat 2ème Division prenait fin sur la Course de Côte de Chamrousse, un tracé bien connu des habituels animateurs du championnat : « C’est le seul tracé que je connaissais et j’étais content de le retrouver. Yannick (Latreille) était en grande forme et dès les essais il sera dans le coup. J’avais toutefois à l’esprit qu’en terminant deuxième des pilotes de la 2ème Division samedi et dimanche, derrière Yannick, je remportais le titre. Je me devais donc de ne pas prendre tous les risques. Un abandon de ma part sur une des deux courses m’aurait privé de la couronne, donc la prudence était de mise. Dimanche j’étais fébrile et le stress s’est évacué après la première montée du dimanche alors que j’avais la certitude d’être championne », commente Sarah qui après avoir terminé septième samedi, accrochait la cinquième place dimanche.
Native de Lyon, Sarah Bernard-Louvet sera présente sur la 100ème édition de la Course de Côte de Limonest : « Une épreuve que j’abordais sans aucune pression et j’ai pris énormément de plaisir. Je signe des performances relativement correctes et je termine troisième de classe derrière les jumeaux David et Tom Diebold qui sont des très très vite. J’abordais cette épreuve avec une boite un peu longue, prévue pour la Finale à Massiac, et sans vraiment faire des trucs de fou je suis contente du résultat. Je garde un excellent souvenir de cette 100ème édition. »
Qualifiée pour la Finale de la Coupe de France, Sarah Bernard-Louvet ira chercher à Massiac une nouvelle Coupe des Dames de la catégorie Sport : « Ce tracé de Massiac est magnifique mais très bosselé et je n’ai pas voulu prendre de risque. Mon objectif était de me faire plaisir et de terminer première féminine. J’atteins cet objectif et ça me satisfait pleinement pour ce qui pouvait être la dernière course avec la Tatuus Formula Master. »
Championne de France de la Montagne 2ème Division Sport
L’émotion était palpable à l’arrivée de la Course de Côte de Chamrousse qui conclut la saison 2026 du Championnat de France de la Montagne 2ème Division. Une émotion intense, à la hauteur de la performance que Sarah prenait conscience d’avoir réalisée. Rares sont en effet les féminines qui comptent à leur palmarès un titre de Championne de France, non pas en tant que féminine, mais en ayant terminé au sommet de la hiérarchie, devant leurs homologues masculins. Si cette saison une autre Sarah s’est illustrée sur le Championnat de France des Rallyes Terre où Sarah Rumeau remporte le titre, sur la discipline qu’est la montagne, les femmes qui ont eu l’insigne honneur de devancer les hommes font figures d’exception. Car si Viviane Bonnardel a eu l’occasion de remporter à deux reprises le Championnat de France VHC Production – en 2017 et 2018 – le dernier titre obtenu par une femme datait de 42 ans. C’est en effet en 1984 qu’Anne Baverey était montée sur la plus haute marche du podium du Championnat 2ème Division : « Succéder à Anne Baverey alors qu’à mes débuts on me comparait à elle représente pour moi une consécration supplémentaire et apporte une énorme émotion. J’ai souvent entendu, ''tu es la future Anne Baverey'', et dix ans après mes débuts je succède à cette grande dame en inscrivant mon nom au palmarès. Je suis particulièrement fière d’apporter ma pierre à l’édifice et de voir récompensé le travail et l’investissement de tous ceux qui m’ont accompagné. Je me revois sur les épreuves, me disant que pour aller chercher ce titre il allait falloir que je donne tout et pour cela il m’a fallu me plonger dans un état d’esprit où l’on ne peut rien lâcher », confie Sarah avant d’ajouter : « C’est à n’en pas douter ma plus belle saison. Sur le Championnat de France de la Montagne 2ème Division je remporte le titre et celui de Championne en tant que féminine et je termine première féminine sur la Finale de la Coupe de France. C’est vraiment top. »

Bien évidemment Sarah veut partager ce titre avec ceux qui l’ont suivi dans l’aventure : « En tête de liste on retrouve Rémi, celui qui partage ma vie et ma passion. Cette année nous n’étions vraiment que tous les deux et on partage pleinement ce titre. Merci à ma belle-famille, mon père, ma sœur, mes proches et mes amis dont le soutien m'est indispensable. Un immense merci à Drakkar qui me suit depuis que je roule en Formule 3 et sans qui réaliser ce rêve ne serait pas envisageable. Merci à Résidence Maquis Bella Vista à Propriano pour son immense soutien, à Travaux étanchéité Corse, Corgier, Poilane, Aiguilly Recyclage, Adhevif, Contrôle technique de Renaison, Unik Moto Roanne, Adhe Custom, ELF, ASC Racing parts, ARB. Merci à l’équipe Chrono Montagne qui nous a accueilli sur le Championnat 2ème Division et au Team Krafft, mon équipe sur le CFM. »
Nous sommes à six mois du lancement de la saison 2027 et pour le moment si les souhaits de Sarah sont assez précis, ils restent dépendants de la vente de sa Tatuus Formula Master : « Elle est en vente. Si je ne trouve pas preneur je repars avec la monoplace. Quoi qu’il en soit, l’objectif est de participer au CFM en montant en catégorie soit en intégrant la catégorie ''Reine'', le groupe E2-SC, soit d’évoluer sur un gros Proto, un truc qui ''m’arrache la tête'' », lance Sarah dans un éclat de rire. « J’ai juste envie de me faire plaisir et je veux profiter de la chance d’avoir des partenaires fabuleux qui me poussent pour aller chercher l’auto synonyme de pur plaisir », conclut la Championne de France de la Montagne 2ème Division Sport.
©Bruno Valette
www.ffsamontagne.org / www.cfm-challenge.com
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